To read this blog in English, click here.
Ce blog souligne les recherches rendues possibles grâce à la collaboration de chercheurs, de chirurgiens et de partenaires de l’hôpital de la SIM à Galmi, au Niger. Nous tenons également à remercier les nombreux collaborateurs qui ont contribué à ce travail.
La perforation intestinale due à la typhoïde (PIT) est l’une des complications les plus graves de la typhoïde. La PIT, qui touche de manière disproportionnée les enfants et les adolescents, survient lorsque l’infection par la fièvre typhoïde entraîne une perforation intestinale (un trou dans la paroi du tube digestif), une complication potentiellement mortelle qui nécessite un traitement chirurgical d’urgence. La PIT présente un taux de mortalité élevé et impose souvent des coûts financiers catastrophiques aux familles.
Bien que la PIT soit évitable, elle continue d’être à l’origine d’un grand nombre de maladies, d’invalidités et de décès chez les enfants dans de nombreuses zones où elle est endémique, notamment en Afrique subsaharienne. Le diagnostic par hémoculture est souvent indisponible dans les zones très touchées, ce qui signifie que de nombreux cas ne sont pas diagnostiqués ou ne sont identifiés comme des cas de fièvre typhoïde qu’une fois que la PIT survient.
Des chercheurs ont récemment partagé un article de synthèse et les résultats d’une étude prospective en milieu hospitalier dont l’objectif était de déterminer comment la PIT peut servir d’indicateur du fardeau de la fièvre typhoïde. Les résultats suggèrent que, dans les contextes où le fardeau est élevé, la surveillance de la PIT peut fournir des données précieuses sur le fardeau de la typhoïde qui peuvent aider à appuyer l’introduction du vaccin antityphoïdique conjugué (VTC) là où d’autres indicateurs de données sur le fardeau peuvent faire défaut.
La PIT comme marqueur du fardeau de la maladie au Niger
Dans l’étude en milieu hospitalier, les chercheurs ont recueilli des données sur la typhoïde et la PIT chez des enfants ayant subi une chirurgie abdominale dans un hôpital rural du Niger. Plus de 80 % des patients inclus dans l’étude répondaient aux critères de la maladie liés à la typhoïde. En outre, la PIT représentait la grande majorité des urgences chirurgicales abdominales pédiatriques. De nombreux patients ont présenté des complications chirurgicales ou ont dû être réopérés. Le taux de mortalité était de 20,5 %.
Ces résultats suggèrent que la PIT est un facteur majeur, mais sous-estimé, de morbidité et de mortalité infantiles au Niger. Ils suggèrent également que les données chirurgicales peuvent fournir des preuves sur le fardeau de la fièvre typhoïde lorsque la surveillance de laboratoire de routine n’est pas disponible. En effet, le diagnostic par hémoculture nécessitant un équipement spécialisé, du personnel formé et des capacités dans les laboratoires, il reste indisponible dans de nombreux contextes où les ressources sont limitées et le fardeau élevé. En l’absence de surveillance par hémoculture, les données de la PIT peuvent aider les responsables politiques à comprendre le fardeau de la fièvre typhoïde et, potentiellement, à appuyer la prise de décision concernant les stratégies de prévention et de contrôle de la maladie.
Il est important de noter que les données de la PIT ont orienté la décision d’introduire le VTC au Niger. Le pays a mené une campagne d’introduction en décembre 2025. Le VTC est désormais disponible dans le cadre du calendrier de vaccination de routine.
Prévenir la PIT grâce au VTC et à d’autres interventions
L’article de synthèse souligne que la PIT est un défi non seulement au Niger, mais aussi dans de nombreux autres pays où la fièvre typhoïde est endémique. La résistance aux médicaments, et en particulier l’émergence de la typhoïde ultrarésistante (XDR), a rendu le traitement de la maladie plus difficile. Lorsqu’un traitement efficace est retardé ou indisponible, la fièvre typhoïde est plus susceptible d’évoluer vers une forme grave, notamment une perforation intestinale.
De nombreux enfants atteints de PIT nécessitent de longs séjours à l’hôpital, et les familles sont fréquemment confrontées à des dépenses de santé catastrophiques pour payer le traitement, représentant souvent près d’une année de revenus. Le taux de mortalité élevé de la PIT, le fardeau qu’elle impose aux communautés et son lien avec la résistance aux médicaments, soulignent tous l’urgence de prévenir cette maladie dans les contextes où le fardeau est élevé.
Dans de nombreuses communautés, les cas de PIT sont documentés de manière plus fiable que les cas de typhoïde confirmés en laboratoire, ce qui signifie que les données relatives à la PIT peuvent fournir des informations précieuses sur le fardeau et la transmission de la maladie. L’intégration de ces données à d’autres estimations de surveillance pourrait aider à identifier les populations à risque élevé, à orienter des stratégies d’introduction du VTC ciblées et à contribuer à une meilleure compréhension du fardeau de la fièvre typhoïde.
L’amélioration des infrastructures liées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH) est nécessaire pour lutter contre la typhoïde à long terme, mais le développement et l’entretien de ces infrastructures nécessitent beaucoup de temps et d’investissement. À court terme, les VTC peuvent protéger les enfants contre la typhoïde et réduire le risque de PIT pendant la mise en œuvre des améliorations des infrastructures WASH.
L’exemple du Niger, où la surveillance de la PIT a contribué à soutenir l’introduction du VTC, démontre comment les données chirurgicales peuvent aider à guider les efforts de prévention lorsque d’autres données sur le fardeau de la maladie sont limitées. Maintenir l’accès au VTC au Niger et dans d’autres pays est essentiel pour réduire les cas graves de typhoïde et prévenir des complications potentiellement mortelles, comme la PIT.
Photo de couverture : ces trois jeunes filles, ainsi que leurs mères, qui les précèdent, ont subi une intervention chirurgicale d’urgence pour une PIT à l’hôpital de la SIM – Galmi au Niger. Elles vivent dans le même village, à environ 15 minutes de l’hôpital. Crédit : Alina Farcas.


