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En janvier 2025, le Burkina Faso a conduit une campagne nationale de vaccination contre la fièvre typhoïde, atteignant plus de 10 millions d’enfants âgés de 9 mois à 14 ans. Cette initiative majeure marque une étape importante dans la lutte contre cette maladie qui touche particulièrement les enfants. Mais derrière cette réussite se pose une question essentielle pour les décideurs : quel est le coût d’une campagne de vaccination, et quels sont les facteurs qui influencent ces coûts ?
Pour y répondre, une étude de coûts a été menée en collaboration étroite entre le Ministère de la Santé du Burkina Faso, Davycas International et PATH. L’analyse s’est appuyée sur des données collectées à tous les niveaux du système de santé, afin de documenter les ressources mobilisées lors de la campagne.
Le prix du succès de la campagne
Les coûts financiers qui correspondent aux dépenses effectivement engagées pour la mise en œuvre de la campagne de vaccination. Ils incluent par exemple, les indemnités journalières allouées aux équipes, les frais de transport comme l’achat de carburant ou la location de véhicules, les achats de fournitures, les frais d’impression et de communication. Ces coûts reflètent donc l’impact direct de la campagne sur le budget du système de santé.
Les coûts économiques prennent en compte l’ensemble des ressources mobilisées, y compris le personnel de santé et les volontaires impliqués dans la campagne. Ils incluent l’utilisation des équipements déjà en place, ainsi que les apports non financiers fournis dans le cadre de la campagne. Cette approche permet de saisir l’intégralité du coût de la mise en œuvre de la campagne, y compris des ressources telles que le temps du personnel de santé et les équipements existants, même lorsqu’aucune dépense financière n’a été directement engagée pour ces ressources.
En moyenne, le coût financier de la mise en œuvre (à l’exclusion de l’achat des vaccins) s’élevait à 0,47 $, et le coût économique à 2,16 $ par dose administrée au Burkina Faso. Plus important encore, le coût financier se trouve dans les limites du soutien accordé par Gavi à l’époque, confirmant ainsi l’efficacité économique et financière de cette campagne début 2025. Mais ces moyennes masquent des réalités de terrain beaucoup plus complexes.
Atteindre les populations a un coût
L’un des principaux enseignements est que l’accès équitable à la vaccination nécessite des approches différenciées, et donc des coûts variables.
- La stratégie avancée temporaire, largement utilisée (elle représente environ 50 % des doses administrées chez les enfants au Burkina Faso), permet d’atteindre les enfants dans les écoles, marchés ou zones difficiles d’accès. Toutefois, cette stratégie exige plus de ressources humaines, de temps et de moyens logistiques que la stratégie fixe. Par conséquent, le coût économique est plus élevé sur les sites mobiles et temporaires (2,02 $ par dose) que sur les sites fixes (1,89 $), reflétant ainsi le véritable coût des ressources mobilisées pour atteindre les enfants dans des sites de campagne spécifiquement dédiés.
- La stratégie fixe présente une dynamique différente. Alors qu’elle nécessite généralement moins de ressources économiques que les approches mobiles et fixes, elle a enregistré le coût financier par dose le plus élevé (environ 0,41 $). Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’un nombre plus faible de doses sont administrées par le biais de cette stratégie, ce qui réduit la possibilité de réaliser des économies d’échelle.
Atteindre les enfants vivant dans des zones difficiles d’accès ou mal desservies nécessite des ressources supplémentaires. Toutefois, sans ces investissements, de nombreux enfants risquent de ne pas être vaccinés.
Des inégalités géographiques marquées
Les coûts varient également de manière importante selon les contextes géographiques. Les coûts financiers par dose sont plus élevés dans les zones rurales que dans les zones urbaines, reflétant les efforts opérationnels supplémentaires nécessaires pour atteindre les communautés éloignées. Les distances à parcourir, les contraintes logistiques et, dans certains cas, les défis sécuritaires peuvent accroître les ressources nécessaires à la prestation des services de vaccination. Des écarts similaires sont observés entre les régions, où les coûts financiers par dose varient de 0,39 $ par dose dans la région du Nord à 0,63 $ dans la région de l’Est. Ces résultats mettent en évidence une réalité importante : garantir un accès équitable à la vaccination nécessite souvent des investissements supplémentaires pour atteindre les populations les plus isolées ou les plus difficiles d’accès.
Le rôle central des ressources humaines
L’étude met en évidence un constat fondamental : les ressources humaines représentent près de 78 % des coûts économiques, tandis que les indemnités journalières constituent une part importante des coûts financiers. La vaccination est une activité fortement dépendante de la mobilisation des personnes, qu’il s’agisse des agents de santé, des superviseurs ou des équipes de vaccination. Par ailleurs, deux activités concentrent une part importante des coûts : l’administration des vaccins elle-même (37 %) et la mobilisation sociale (22 %).
L’importance de la mobilisation sociale est particulièrement notable. Informer les communautés, répondre aux préoccupations liées à la vaccination et mobiliser les leaders communautaires nécessitent des ressources importantes, mais ces activités sont essentielles pour favoriser l’adhésion des populations et atteindre une couverture vaccinale élevée. Plus qu’une dépense supplémentaire, ces investissements constituent un élément clé du succès de la campagne,
Des opportunités pour améliorer la performance des campagnes
Au-delà des coûts, l’étude met en lumière des possibilités d’améliorer encore l’efficacité des campagnes. De nombreuses dépenses, telles que la planification, la mobilisation sociale, la supervision ou encore les déplacements des équipes, sont engagées quel que soit le nombre d’enfants vaccinés. Lorsque davantage d’enfants sont atteints, ces coûts sont répartis sur un plus grand nombre de doses, ce qui réduit le coût par dose et génère des économies d’échelle. Ce constat souligne l’importance d’une planification opérationnelle efficace afin de maximiser le nombre d’enfants atteints lors des activités de vaccination. En répartissant les coûts fixes, tels que la formation, la supervision, la mobilisation sociale ou les déplacements, sur un plus grand nombre de doses, les programmes peuvent améliorer leur efficacité tout en renforçant des capacités utiles aux futures campagnes et aux activités de vaccination de routine. De plus, certaines dépenses notamment la gestion des données au niveau central pourraient être optimisées grâce à la numérisation, réduisant ainsi les coûts liés à l’impression et au traitement manuel.
Adapter les stratégies de prestation aux contextes locaux permet de mieux cibler les ressources là où elles ont le plus d’impact. Investir dans les ressources humaines peut renforcer l’un des principaux moteurs de coûts de la campagne, tandis qu’un appui ciblé aux zones rurales et difficiles d’accès peut contribuer à mieux répondre aux coûts plus élevés associés à l’atteinte des populations mal desservies.
Conclusion
En documentant les coûts associés à la vaccination contre la typhoïde à grande échelle, cette étude apporte des enseignements précieux pour la planification des futures interventions de vaccination au Burkina Faso et au-delà. Les résultats montrent que chaque stratégie de prestation implique des besoins en ressources différents et que l’atteinte des populations les plus vulnérables nécessite souvent des investissements supplémentaires. À mesure que les pays introduisent de nouveaux vaccins et planifient de futures campagnes, une meilleure compréhension de ces coûts peut aider les décideurs à choisir les approches les plus adaptées à leur contexte, à allouer les ressources de manière plus efficace et à maximiser la portée et l’impact des programmes de vaccination.
Photo de couverture : un professionnel de santé administre le vaccin TCV à un enfant au Burkina Faso, dans le cadre de la campagne de lancement du TCV menée dans le pays en janvier 2025. Crédit : TyVac/Build Africa Communications.


