La fièvre typhoïde constitue une menace sanitaire grave dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, notamment en Afrique de l’Ouest. La typhoïde se propage rapidement dans les communautés qui n’ont pas accès à une eau potable fiable et à des installations sanitaires adéquates, et ce sont souvent les enfants qui sont les plus touchés. Si elle n’est pas diagnostiquée et traitée, la typhoïde peut entraîner des complications graves, telles que des perforations intestinales, qui nécessitent une intervention chirurgicale et peuvent être mortelles. Des souches de typhoïde résistantes aux médicaments apparaissent, rendant le traitement plus difficile et plus coûteux. La prévention de la typhoïde, grâce à la vaccination, à l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires adaptées, est essentielle. Les vaccins conjugués contre la typhoïde (TCV) offrent une protection durable et constituent un moyen efficace de réduire le fardeau de la typhoïde et de sauver des vies.
L’IMPORTANCE DES DONNÉES POUR SOUTENIR LA PRISE DE DÉCISION
Pour envisager l’introduction d’un nouveau vaccin, les décideurs nationaux s’appuient sur de nombreuses sources de données. Cependant, de nombreux pays disposent de données limitées sur la charge de morbidité en raison des systèmes de surveillance incomplets, de la variabilité des capacités de diagnostic et des contraintes financières. Malgré ces difficultés, les données sont essentielles pour comprendre la charge de morbidité, identifier les populations à haut risque et hiérarchiser les interventions telles que la vaccination contre la typhoïde.
Les décideurs politiques utilisent plusieurs sources de données pour acquérir une compréhension globale du contexte de la typhoïde dans leur pays. Les données disponibles peuvent inclure la surveillance hospitalière, les études au niveau communautaire et les données environnementales et relatives à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH) afin d’identifier les cas et la transmission. En examinant plusieurs sources de données, les décideurs peuvent mieux interpréter les tendances, valider les hypothèses et concevoir des stratégies d’introduction qui reflètent les réalités locales. Cette approche reconnaît que les données ne sont pas parfaites, mais permet de prendre des décisions pertinentes et fondées sur des données probantes, au moment opportun.
COMPRENDRE LE PAYSAGE COMPLEXE DE LA VACCINATION EN AFRIQUE DE L’OUEST
De nombreux pays d’Afrique de l’Ouest envisagent plusieurs vaccins essentiels, notamment le VTC, les vaccins contre le HPV pour prévenir le cancer du col de l’utérus, les vaccins contre le paludisme et le nouveau vaccin conjugué contre la méningite qui protège contre plusieurs souches de méningite à méningocoques. Ces nouveaux vaccins s’ajoutent au programme de vaccination de routine actuel. Chaque vaccin répond à une menace majeure pour la santé publique, mais compte tenu des ressources limitées, l’introduction de nouveaux vaccins et le renforcement de la couverture vaccinale de routine nécessitent une planification minutieuse et la définition de priorités.
À mesure que le financement des vaccins évolue, les données locales et régionales sont plus importantes que jamais pour la prise de décision. Les décideurs politiques ont besoin de données probantes pour orienter leurs décisions, garantir la durabilité et intégrer les nouveaux vaccins dans les calendriers existants sans surcharger les systèmes de santé et en optimisant les ressources financières limitées.
Photo : Un enfant boit de l’eau à une pompe à main au Libéria. Crédit : PATH/Nurudeen Sanni.
COMPRENDRE LES DONNÉES QUI INFLUENCENT L’INTRODUCTION DU VTC
TyVAC a récemment collaboré avec les responsables du PEV et ses partenaires dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest. Dans chaque pays, nous avons recueilli des données sur la charge de la morbidité liée à la typhoïde afin de compiler des données probantes solides à l’intention des décideurs politiques, pour qu’ils envisagent la vaccination contre la typhoïde. TyVAC contribue à garantir que les décideurs politiques disposent de données complètes pour évaluer la charge de morbidité et le risque lié à la typhoïde dans leur pays. Les données comprennent souvent le fardeau de la maladie, des informations sur la résistance aux antibiotiques, des indicateurs WASH, des données régionales et la capacité du système de santé. Les données régionales et les expériences des pays qui ont introduit le VTC, notamment le Burkina Faso, le Liberia et le Niger, contribuent également à orienter les décisions, en facilitant l’introduction du vaccin en temps opportun, et sur la base de données probantes, même dans des contextes où les données sont imparfaites.
TyVAC travaille en étroite collaboration avec les programmes nationaux de vaccination et ses partenaires, afin de garantir que le processus de collecte de données soit transparent, inclusif et adapté aux besoins de chaque pays. En permettant de mieux comprendre le fardeau de la typhoïde et les facteurs de risque associés, TyVAC aide des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Togo à prendre des décisions stratégiques éclairées concernant l’introduction du vaccin.
PERSPECTIVES
Alors que Gavi, l’Alliance du vaccin, adopte une nouvelle stratégie et que les décideurs politiques examinent les vaccins actuellement disponibles et les nouveaux vaccins en cours de développement, il sera essentiel que ces derniers bénéficient d’un soutien pour évaluer les données relatives à la charge de morbidité, le financement, le calendrier actuel de vaccination systématique et la liste d’attente pour l’introduction de nouveaux vaccins. Pour les décideurs politiques d’Afrique de l’Ouest, cela est particulièrement important compte tenu de la charge élevée de morbidité liée à la typhoïde, au paludisme et à la méningite, entre autres maladies infectieuses.
Les choix des décideurs politiques ont des implications sur les programmes nationaux de vaccination pour les années à venir. Les chefs de gouvernement sont invités à établir des priorités efficaces, à intégrer harmonieusement les nouveaux vaccins et à mettre en place des systèmes de santé résilients, capables de s’adapter aux défis futurs. Ce n’est pas une mission facile. Quand les décideurs politiques bénéficient de partenariats, d’un soutien et de conseils sur l’évolution des politiques mondiales et des donateurs, ils sont mieux armés pour prendre des décisions stratégiques pour leur pays.
Photo de couverture : Mukizi Kabela-Kondo, technicien de laboratoire à l’hôpital général de Kenge en République démocratique du Congo, effectue le test de Widal, qui détecte la présence d’anticorps contre Salmonella typhi, la bactérie responsable de la typhoïde. Crédit : TyVAC/Yves Ndjadi.



